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Si tu pouvais avoir trois voeux, ... [Pv Aker]

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OMEGA



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Ven 9 Oct - 11:08

- Hey, Sonja, ça te dirait, un petit tour en bateau ?
- Un tour… ?
- Tu ne viens jamais avec nous, tu restes toujours au port. Tu ne vois rien d'autre que les ombres, ça ne te dirait pas de voir un peu de couleurs ?

Sonja rentra la tête dans ses épaules. Non, ça ne lui disait pas. Elle n'avait fait qu'imaginer les excursions de ses compagnons pirates – et elle voyait de la panique, des courses poursuites avec les Knights, des coups de feu, bref, de la peur et de la violence, et elle était bien contente de n'avoir que seize ans et de leur être inutile. Mais Leops continuait.

- T'inquiètes pas, va, t'auras rien à faire, juste à profiter du paysage. On va à Dust, là où il ne fait jamais nuit, et on se remplit de soleil !
- ...Jamais nuit ?
- Jamais ! On devra se battre pour un coin de fraîcheur.

Et voilà qu'elle s'était retrouvée à bord du Corsaire, à traverser les airs pour atteindre une nouvelle île. S'il ne faisait jamais nuit, alors, s'il n'y avait jamais d'ombre, alors, peut-être son pouvoir ne fonctionnerait pas là-bas ? Cette petite pensée l'avait rassurée, et les yeux rieurs de ses colocataires du moment l'avaient invitée à franchir le pas. Mais bien sûr Leops avait exagéré, et bien que le soleil fut haut, elle eut tôt fait de le comprendre. C'était étrange, de voir autant de choses, de voyager autant – il lui semblait qu'elle avait été enfermée dans une boîte toute sa vie. Elle n'osait pas trop sortir à Esquisse, ni à Snowflake, et si on lui avait demandé de décrire la ville où elle avait grandi, elle n'aurait, au final, parlé que des quatre murs de l'Académie. Mais voilà qu'elle volait à travers le ciel, et voilà qu'on lui racontait mille anecdotes sur les îles flottantes, et ça lui mettait l'eau à la bouche. Dust semblait propre aux mirages et aux rêves.

Le vaisseau s'était posé dans le désert, derrière une dune de sable, et Leops lui avait dit de ne s'inquiéter de rien et de simplement profiter d'être ici pour aller visiter les marchés de Dust. Il l'avait prise par le bras, et il avait marché avec tant d'entrain qu'elle n'avait pas eu le temps de se concentrer sur la petite voix paniquée qui montait dans son crâne. Elle avait peur, tout le temps, de tout – et l'inconnu l'entourait de partout, mais pour l'instant, il y avait les grands cris et les grands sourires du pirate, et elle le suivait prudemment.

Ils déambulèrent dans des allées poussiéreuses, des tapis couverts d'objets de toute sorte à leur gauche comme à leur droite, le tout couvert d'une énorme toile qui faisait comme une rivière au dessus de la tête des commerçants, pour les protéger du soleil qui tapait et inciter les passants à quitter le centre de l'allée, bien trop ensoleillée, pour se rapprocher des achats potentiels et vider leur bourse. Il lui montra des lampes, il lui montra des statuettes d'éléphants, il lui montra des verres tout en longueur et tout décorés qui ne servaient, disait-il qu'à boire du thé à la menthe, il lui fit sentir ladite menthe, il lui montra des peintures de chameau, il lui montra des étoffes.

Elle était complètement magnétisée. Sa paume ne semblait pas vouloir quitter les tissus, passait de l'un à l'autre, et le toucher si doux et si léger la faisait chaque fois hoqueter de surprise. Elle tenait, du bout des doigts, une écharpe d'un jaune crispé et transparent. « C'est de la soie », elle entendit comme dans un rêve, « la plus légère qui soit ». Elle hocha la tête, puis lâcha le tissu à regret.

- Elle te plaît, Sonja ?

Sonja savait que ce n'était dans les moyens de personne, sur le vaisseau, d'avoir une telle chose autour du cou, et fit un signe négatif. Elle n'avait jamais rien demandé et jamais rien voulu de personne. Les professeurs d'Eclipse n'étaient pas là pour gâter leurs élèves et ses parents… avaient été des figures absentes pendant toute son éducation. Elle avait toujours fait avec le minimum, parfois avec l'originalité et la débrouillardise qui consistait à transformer quelque chose considéré comme inutile en quelque chose de précieux. Elle s'était fait des bracelets en papier à Eclipse, qu'elle coloriait mais devait jeter pour en refaire dès qu'ils se déchiraient ou qu'ils prenaient l'eau. Elle n'avait pas perdu l'habitude, et elle en avait encore un vert espérance et un jaune soleil autour du poignet gauche.

- Elle est quand même à toi ! Rendez-vous au vaisseau !

Leops attrapa l'écharpe, et sans demander son reste, partit en courant. Sonja ouvrit de grands yeux ébahis. Que venait-il donc de faire ? Puis, croisant le regard du jeune marchand… la panique monta comme une bille dans sa gorge, et elle étouffa. Le marché, vibrant et sec, sembla soudain plus obscur, les ombres des marchands et des étalages alentours plus tranchées sous le dur soleil, plus sombres, presque noires, comme si tout le monde avait des semi-masques, figures effrayantes, comme si le sol avait été peint aussi, et elle savait que ce n'était qu'un jeu de lumière, mais les yeux d'acier la perçaient avec une violence qu'elle n'était pas capable de soutenir. Elle ferma les yeux, les rouvrit vers le sol -lumineux, blanc sablé encore-, puis elle s'enfuit à son tour en courant, dans la direction inverse à celle du pirate trentenaire aux cheveux blonds et au rire si tonitruant. Entre les étalages de marchands, plus profondément encore dans le dédale de marchandises...
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Ven 9 Oct - 18:51

Il comprit l’arnaque tout de suite, jamais sa mère ne lui proposait de lui acheter de bâtonnets de porc au miel parce qu’il travaillait dur. Pas avec ce ton-là, et à la tape sur l’épaule il comprit. Un client pénible approchait, et elle se sauvait en douce. Se retournant il tomba sur le visage familier et particulièrement ridé d’Agamine. La vieille veuve racontait sa vie à qui avait la politesse de l'écouter, et elle oubliait à qui elle le racontait la plupart du temps, ce qui faisait qu'elle radotait. Beaucoup. Si seulement elle pouvait se remémorer différents détails d'une fois à l'autre… Oh parfois elle variait, arrivait avec du neuf – aujourd’hui était l’une de ces journées – mais le pourquoi du comment elle devait remplacer ses rideaux envolés lors de la dernière tempête de sable était d’un ennui atterrant.

-Je voulais me préparer une tisane à la verveine, pour l’estomac. Pour favoriser la digestion, tu sais, à mon âge on ne sait jamais quand ces problèmes surviendront.  Tu as de la chance toi, tu es encore jeune et il ne doit pas t’arriver de laisser ta fenêtre ouverte un soir de mauvais temps, n’est-ce pas ? Je la ferme toujours d'habitude, je suis même persuadée de l’avoir fait en quittant la cuisine, bizarre, n’est-ce pas ? Il me faut le même bleu céruléen. J’ai déjà essayé un bleu aqua, mais avec la lumière, oh non ! Ma voisine m’a suggéré du prune, oh lala, la pauvre n’a aucun sens des couleurs. Certains n’ont aucun talent pour la décoration, n’est-ce pas ? Alors il me faut le même bleu. Céruléen le bleu, c’est très bien important car…

Le discours d'Agamine passa en bruit de fond. Attiré par une masse mouvante bleue sur la droite son regard dériva vers la chevelure de la jeune fille en contemplation devant l’une de ses écharpes. Par réflexe son esprit chercha à en classer la teinte, notant les contrastes de vert, puis la clarté. En même temps il demandait à Agamine les dimensions pour ses rideaux, se penchant sous le comptoir pour en ressortir de quoi écrire. Sa tête s’inclina sur le côté, ses yeux se plissèrent, signe de sa réflexion, et l’illumination le frappa : bleu canard.

Satisfait d’avoir mis le doigt sur la couleur il se retourna volontiers vers le début de gribouillis sur sa feuille, Agamine lui ayant pris le crayon des mains. Le croquis n’avait malheureusement de croquis que le nom, mais Aker connaissait son métier et décoder les préférences des clients en faisait partie. Il hocha la tête au dessin et compléta la commande en ajoutant une note au bas de la page pour sa tante. S’apprêtant à ranger le papier il entendit une voix d’homme s’élever, ricaneuse, et vit le propriétaire prendre la fuite avec son écharpe jaune accrochée au bras.

-Hé !

Il serait parti en courant à la poursuite du voleur si le temps d’un battement d’aile il n’avait pas croisé le regard beaucoup moins amusé si pas complètement affolé de la fille aux cheveux bleus. L’homme avait de l’avance, quelques secondes à peine mais de l’avance tout de même. Un choix s’imposait et le temps lui manquait. Il s’élança sur les talons de la fille comme sa mère revenait avec le déjeuner.

-Archie ?

-Je reviens !

Un soupir de désapprobation franchit ses lèvres alors qu’elle hâta le pas pour assurer la place abandonnée par son fils derrière le stand.

-Ah, cet enfant…

L’endroit où se trouvait le vaisseau mentionné par le voleur, il l’ignorait, mais chose sûre la fille s’y rendrait tôt ou tard, et son écharpe aussi. Au final peu importait qui il rattrapait, tant qu’il réussissait à mettre la main sur l’un des deux. À cette heure la place du marché abondait d'individus et malgré la marrée de gens Aker s’y faufilait comme un poisson dans l’eau. Il connaissait chaque détour et chaque raccourci par cœur, habitué de faire la course de la fontaine jusqu’à la boutique depuis l’enfance.

-Arrête-toi !

Il savait qu’elle refuserait de l’écouter, il voulait lui mettre la pression, la pousser à faire un mauvais pas. Tous les moyens étaient bons pour la ralentir et cette pensée amena un sourire sur son visage. Il savait dans quelle direction elle allait, et où le chemin menait au-delà de la place du marché. Son pied freina dans le sable avant que sa silhouette ne disparaisse parmi la foule, l’adrénaline pulsant dans ses veines. Derrière la boulangerie les caisses vides s’empilaient contre le mur de la ruelle. Les grimpant une à une Aker atteint la fenêtre à l’étage et l’escalade jusqu’au toit. Relié à celui d’en face par une planche il la traversa et monta encore en hauteur. De là il arrivait à suivre la tête bleue avec l’espoir qu’elle se retourne et constate son absence. Cette fille venait d’ailleurs, il ne s’était pas trompé en la voyant contempler les tissus un peu plus tôt. Elle courait pour fuir, mettre de la distance entre eux, le plus possible, sans savoir où elle allait ni avec un but autre que celui de le semer. Plus loin au-devant, la rue s’écartait devant les murs immenses et nacrés du palais.

Toujours en mouvement Aker arrêta sa course à la tête d’une échelle qu’il descendit d’un trait en s’y laissant glisser. Moins fréquenté ce coin exigeait plus de discrétion de sa part, heureusement le sable absorbait le bruit de ses pas. Il contourna une bâtisse et déboula dans les temps pour voir passer la chevelure bleue. Sans attendre il sortit de l'ombre et lui attrapa le poignet.

-Je t’ai eue !

Son cri de victoire poussé il planta son regard dans le sien, sourcils froncés, mécontent.

-Toi et ton père vous allez me rendre mon écharpe ou me payer les sept Zohae qu’elle coûte.

Il se moquait de lever la voix devant les passants. Deux femmes leur jetèrent des regards curieux, suivi d’un petit garçon davantage absorbé par son bilboquet. Il baissa d'un ton par la suite, toujours aussi ferme.

-Si tu refuses je dirai aux gardes que vous avez volé l’écharpe au palais. De la soie jaune aussi rare que celle-là, tu vas y laisser la main.

Il exagérait bien sûr, d’autant plus qu’il n’y avait aucun garde en vue, mais son but n’était pas d’exécuter sa menace, il voulait récupérer son bien ou en obtenir le paiement pour achat. Avec un peu de chance elle admettrait sa défaite et accepterait de coopérer. Dans le cas contraire… il aviserait.



"...The wind began to switch..."
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Mar 19 Jan - 12:32

Elle ne savait pas où elle allait. Le sang pulsait à un rythme fou au niveau de ses tempes, accéléré par la course et par la chaleur qui déconseillait ce genre d'efforts. Frayeur. Elle se sentait comme une biche pourchassée entre les arbres de la forêt – non, pire, une antilope dans la forêt, ou une biche dans la savane, en territoire inconnu, incompris. Tout ce qu'elle voulait, c'était disparaître entre les étalages, ne plus sentir sa présence derrière elle. Etait-il là, d'ailleurs, ou projetait-elle son fantôme à sa poursuite ? Pas le temps de vérifier. Trop rapide, son cœur, trop rapide – elle n'avait jamais eu aussi chaud, et aussi peur. La sueur formait comme un habit visqueux sur sa peau, et le vent glacial de la Zone Zéro lui étreignit le cœur de manque. Où allait-elle ? Où était le vaisseau, dans quelle direction aller ? Elle s'était juste perdue plus en avant dans les marchés sans faire attention, elle n'osait pas ralentir, mais comment rentrerait-elle, à présent ? Où pouvait-elle se sentir à l'abri dans cet univers incroyablement étranger ? Où s'arrêter, où réfléchir ? Pourquoi Leops l'avait-il abandonnée ? Il avait promis, il avait promis que tout se passerait bien, que lui était-il passé par la tête, de partir ainsi ? N'avait-elle pas dit ne pas vouloir l'écharpe ? Est-ce que c'était sa façon de vouloir lui faire plaisir, de lui causer de telles fraye-

- Aaaah !

La main sur son poignet la fit violemment sursauter. Et ce regard encore, ce regard violent de certitudes et de détermination, qui l'emprisonnait, ne lui laissait aucun échappatoire. Sonja perdait contrôle de ses émotions, laissait l'angoisse l'emporter. Elle essaya, en vain, de se dégager, les paroles l'effrayant encore un peu plus, perdre la main, il venait de la menacer de lui couper la main, pourquoi était-elle venue sur cette île, pourquoi n'était-elle pas restée à l'abri de l'obscurité et des planches pourries de l'épave ? Elle laissait rarement les gens la toucher, gardait toujours une bonne distance de sécurité entre eux et elle, mais aujourd'hui, elle était prisonnière de son emprise. Et comme toujours lorsqu'elle perdait contrôle, lorsque l'angoisse prenait toute la place dans sa gorge étranglée, dans son cœur emballé, dans ses intestins noués, elle aspira la lumière.

La luminosité tomba d'un coup.

Pas au point qu'il fasse nuit ou pénombre, il y avait beaucoup trop de soleil pour ça ; non, c'était comme si un nuage était passé devant, alors qu'il n'y avait pas de nuages sur Dust, jamais. Le mur entre eux et le soleil laissait une ombre forte au sol, toutes les ombres se firent plus creuses, plus violemment sombres, et le marché, vif et agréable, sembla tourner au cauchemar. Ce n'était pas assez. Pas assez d'ombres, pas assez d'obscurité pour qu'elle se sente à l'abri, trop de sable et trop de soleil, trop de murs couleur crêpe, trop de joie trop de couleurs.

Son cœur tapait encore sur sa poitrine, et sa gorge, si sèche, si sèche, depuis quand n'avait-elle pas bu ? Elle s'était arrêtée trop vite lorsqu'il l'avait saisie, la tête lui tournait, son corps ne savait plus où il était, tout changeait, tout tanguait, elle n'arrivait pas à respirer, la crise de panique gonflait.

Elle laissa d'autres ombres l'emporter – les ombres dans ses yeux, comme des papillons posant leurs ailes sur son visage pour masquer sa vision, et avant de sombrer, elle se sentit glisser, et tout son poids appuyer sur cette main qui lui serrait le poignet.
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Jeu 28 Jan - 0:58

Il se moquait de l’effrayer ou de la dénoncer devant tous. Les voleurs n’avaient que ce qu’ils méritaient. Le regarder avec cet air apeuré ne servirait à rien, elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même d’avoir couru. Il ne la laisserait pas filer, ses doigts moites de sueur et de poussière donnant à ses paumes la grippe d’un papier de verre. Elle avait joué, puis perdu, mais Aker regrettait un peu de ne pas s’être lancé à la poursuite de son écharpe. Qu’allait-il faire, si elle refusait vraiment de payer ? Non, il devait croire qu’elle se montrerait raisonnable. Les étrangers ignoraient les lois de Dust, ça jouait forcément à son avantage, mais dans ce cas pourquoi ne disait-elle rien ? Se jouait-elle de lui ? Suspicieux il fronça des sourcils, insensible à sa panique.

-Alors ?

Sans relâcher sa prise il écarquilla les yeux à l’abrupte diminution de luminosité et les leva à temps pour voir le bleu du ciel s’assombrir en plein après-midi. Comme si une ombre invisible leur passait au-dessus la tête et menaçait de plonger la ville entière dans l’ombre. Rien à voir avec une masse de ténèbres opaques, plutôt un voile posé devant le soleil, suspendu dans l’air. L’atmosphère lui rappelait celle des éclipses, l’apaisant répit momentané de chaleur, mais aussi la brièveté du phénomène alors que la clarté reprenait ses droits. En quelques secondes il sentit à nouveau les rayons lui caresser le visage, et avec leur retour un poids anormalement lourd se presser contre lui.

-Hé, oh !

La rattrapant avant qu’elle ne touche le sol ses genoux fléchirent pour mieux supporter leur poids à tous les deux alors qu’il jetait des coups d’œil paniqués autour de lui. Au bout de la rue, les deux femmes de tout à l’heure leur tournaient le dos avec le petit garçon sur les talons. Personne d’autre en vue. Aker en profita pour emmener la voleuse d’écharpe à l’écart, à savoir l’allée séparant la vitrerie d’une énième brocanterie dont on entendait le trop grand nombre de carillons décorer l’entrée face au vent.

S’accroupissant à côté de l’étrange fille aux cheveux bleus, il s’interrogea sur les raisons de son malaise et la plus évidente lui fit porter sa main à la gourde d’eau à sa ceinture. Nombreux étaient les voyageurs à sous-estimer la force du soleil au cœur de la cité, mais il y avait aussi eu cette obscurité soudaine avant qu’elle ne s’évanouisse. S’il s’agissait d’un pouvoir il peinait à l’identifier. Plus encore à l’associer à quelqu’un de son âge. Une capacité d’une telle ampleur lui paraissait démesurée pour quelqu’un de si… Jeune ? Peut-être s’imaginait-il plus vite un Knight posséder un pouvoir aussi voyant, imposant. Tirant sur le bouchon de sa gourde il porta le goulot à la bouche de la jeune fille tout en lui redressant la tête, mais l’eau coula du coin de ses lèvres jusqu’à son cou. S’il avait pris soin de l’installer dos contre le mur à l’ombre, son approche ne suffisait pas à la ramener à elle.

-Il faut te réveiller… Tu m’entends ?

Dans un soupir las il se mit à entendre la voix de sa mère lui reprocher sa longue absence et repensa aux bâtonnets de porc au miel dont il ne pourrait désormais plus profiter. Sans compter l’écharpe – ou les Zohae – qu’il lui fallait encore récupérer. Agacé il baissa les yeux sur la gourde reposant mollement sur ses cuisses et décida d’en verser la moitié du contenu sur la tête de l’unique coupable à portée.

-Réveille-toi !



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Dim 31 Jan - 15:36

Le liquide l'aspergea, glissant froid sur ses joues rondes, s'accrochant comme des perles à ses cheveux, dégoulinant sous sa tunique – une espèce de toile rêche d'un beige fade dans laquelle avait été arraché du tissu pour que ses bras puissent passer par les trous. C'était simple et sans élégance, et la toile la grattait souvent, laissant des marques d'irritation sur sa peau caramel, mais elle n'avait pas quitté Esquisse avec une belle garde-robe, et elle avait complété comme elle avait pu en arrivant sur Zone Zéro. Elle ouvrit les yeux, passa le creux de son poignet sur son visage pour s'essuyer, surprise, mais il faisait si chaud que déjà le liquide semblait poisseux et s'incrustait dans sa peau, ou s'évaporait, elle n'était pas tout à fait sûre. Elle n'avait pas grand-chose à essuyer dans tous les cas. Ses pupilles s'écartèrent avant de s'adapter au bon niveau de luminosité, et elle reprit conscience à la fois de ce qui l'entourait et de ce qu'il s'était passé précédemment. Le marchand lui faisait face.

Son cœur battait toujours la chamade, mais elle se sentait… un semblant plus calme. Assez pour observer les choses de manière plus neutre, comme à l'extérieur d'elle-même, comme un rêve – elle flottait souvent au-dessus d'elle-même dans les rêves, se divisait pour être à la fois celle qui se mouvait physiquement et celle qui suivait, fantôme, pour se voir par ses propres yeux. Plutôt que de fixer à nouveau le visage si effrayant de l'homme, elle regardait sa tunique à lui – et elle semblait si douce, si soyeuse. Après tout, il vendait des rubans et de la soie… N'était-il pas logique qu'il porte le meilleur ? Une étoffe qui ne serait que douceur sur sa peau, une matière qui épouserait chacun de ses mouvements sans le gêner… Des couleurs, bien sûr, ces couleurs qu'elle aimait tant et qu'elle se consolait d'avoir dans les cheveux et au poignet, elle qui sans cesse coloriait de ses feutres tout ce qui était blanc, des couleurs qui se mariaient si bien ensemble. C'était si beau… Elle tendit la main, fascinée, comme en rêve toujours, et resserra les doigts sur le tissu, au niveau de son torse. Un souffle – comme en extase. Ses lèvres tremblèrent, puis, comme à regret, elle lâcha.

Elle se souvenait. Elle se souvenait de l'écharpe qui volait dans le vent, fuyant vers le vaisseau, et à quel point elle avait aimé passer les doigts dedans. Leops avait simplement voulu lui faire plaisir – il savait qu'elle n'oserait jamais ni acheter ni prendre ce qu'elle désirait. Elle était persuadée, de toute façon, ne rien mériter de joli. Là où elle bloquait, pleine de peurs qui rebondissaient comme des lapins dans sa tête, il était libre et enthousiaste, plein de vents tièdes et de feuilles mortes dansantes, et c'était cette petite brise, cette petite mélodie de sa vie, qu'il avait tenté de lui souffler dessus. Elle l'avait transformée en piège, monstre des ombres qu'elle était, et maintenant… maintenant, elle ne voyait plus l'homme en face d'elle comme l'ennemi agressif, le poursuivant assoiffé de sang qu'il était tout à l'heure, mais comme… un homme qui voulait qu'on lui paye ce qui lui était dû. C'était tout simple : il la laisserait tranquille, après, et c'était tout ce qu'elle voulait, qu'on la laisse tranquille, qu'elle puisse rentrer chez elle, se rouler en boule dans un coin de l'épave, ou marcher seule dans le froid et l'obscurité, et se sentir en sécurité… Loin de Dust et de son soleil tapageur, de ses marchés trop hétéroclites, ou il était impossible de s'adapter, de s'habituer. Elle avait arraché un autre morceau de toile, au niveau de sa jambe gauche, juste une incision sur une partie du tissu pour pouvoir y glisser des babioles, et c'est là qu'elle chercha, du bout des doigts, les pièces qu'il avait demandé. Elle les sortit, recompta dans sa poche, puis, sans lever les yeux vers ce regard qu'elle n'osait pas croiser, elle demanda tout bas :

- ...Sept Zohae ? Je…  Désolée. Prenez. Désolée.

Elle les posa par terre à côté d'elle, reserra ses jambes vers elle, les genoux contre sa poitrine, et attendit qu'il parte.
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